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Chronique animale - Épisode 28 : Les femelles de salamandre ne sont pas prêteuses

11/01/2022

Chez les espèces monogames, femelles et mâles rêvent conjointement d’un partenaire fidèle. Mais le conte de fées ne se réalise pas toujours et les liaisons interdites sont monnaie courante. Les biologistes parlent de monogamie génétique lorsque les deux partenaires ont des relations sexuelles exclusives et de monogamie sociale lorsque le couple élève sa progéniture qui peut être issue de plusieurs partenaires sexuels. Pour éviter les tromperies, chaque espèce a ses astuces. Les mâles vont par exemple mettre en place des stratégies comportementales de gardiennage de leur femelle pour prévenir les rencontres avec d’autres partenaires ou des stratégies spermatiques déléguant à leurs gamètes la charge d’empêcher les fécondations. La littérature scientifique fait moins de cas des stratégies femelles. Pourtant, les infidélités des mâles sont coûteuses pour les femelles, notamment parce qu’elles doivent, seules, s’occuper des soins parentaux, il n’y a aucune raison que les femelles laissent leur mâle batifoler.

La salamandre cendrée (Plethodon cinereus) est une espèce monogame dont les femelles sont assez possessives. Elles surveillent leurs mâles et repoussent les intrues, mais leur attitude face aux individus volages était un mystère. Ethan Prosen et ses collaborateurs ont lancé une étude à ce sujet en 2004. L’objectif était de tester l’hypothèse de la coercition sexuelle par intimidation mais en inversant les rôles. Selon ce concept[1], les mâles punissent les femelles tentées par des aventures extraconjugales et les forcent à ne copuler qu’avec eux. Dans le cas des salamandres, il était donc attendu l’inverse : puisque ce sont les femelles qui gardent les mâles, elles devraient aussi avoir la capacité de punir les mâles pour les forcer à rester fidèles.

Les chercheurs ont expérimentalement manipulé les aventures sexuelles de différents mâles. Après une période d’acclimatation de six jours, des mâles en couple et célibataires étaient soit placés durant cinq jours avec une femelle étrangère, soit laissés seuls. Au onzième jour, ceux initialement en couple étaient replacés avec leur femelle de départ alors que les célibataires étaient mis en présence d’une nouvelle compagne pour mesurer leurs réactions. Il apparaît que les femelles initialement en couple étaient nettement plus agressives envers leurs mâles lorsqu’ils avaient été placés avec une étrangère plutôt qu’à l’isolement. Les femelles qui étaient avec des mâles célibataires ne montraient pas d’agressivité particulière.

Les salamandres femelles en couple punissent donc leurs mâles lorsque ces derniers ont cherché à leur faire des infidélités. Un comportement particulier qui n’existe qu’à l’automne, lors de la saison des amours. Au printemps, la saison de reproduction passée, plus aucun comportement de punition apparaît. Qu’on se le dise, les salamandres femelles ne sont pas prêteuses.

 

Prosen E. D., Jaeger R. G. et Lee D. R., « Sexual coercion in a territorial salamander: females punish socially polygynous male partners », Animal Behaviour, vol. 67, 2004, p. 85-92.

 

[1] Clutton-Brock et Parker (1995)